Le langage a de quoi troubler.
Prolongement de nos êtres, le mot est notre lien à l’autre. Il contient en lui-même nos espoirs d’être entendus, nos tentatives d’expression, de se faire comprendre. Tantôt chuchoté, tantôt crié, il prend la couleur de notre nature.
Raclements de gorge, hésitations, affirmations, … On prononce, on tente de dire.
Sons et sens se mêlent.
Certaines personnes rares parviennent à raconter leur rapport aux mots, à leur langue maternelle et à l’importance inouïe de cette chaire sonore, signifiante, qui fait, bien plus qu’on ne le croit, ce que nous sommes.
D’expressions en narrations, de récits en péripéties, Damla, une jeune femme venue de Turquie, m’a conté comment le langage a rencontré sa vie grâce aux mots qui l’ont marquée et façonné son histoire.
Trois périodes, trois périples, l’écho de trois mots.
Naissance. Résistance. Essence.
J’aimerais que vous aussi vous puissiez la rencontrer. Entendre sa voix.
Épisode 1 : Damla
Un prénom. Première rencontre au langage. Un mot qui nous désigne et nous identifie à l’oreille des autres. Il nous accompagne et résonne en nous. Certains estiment même qu'il nous conditionne.
En Turquie, les prénoms dans leur grande majorité sont des noms communs et sont donc porteurs de sens.
Épisode 2 : Capulcu
En 2013 à Taksim, les manifestants, comme des alchimistes ou des magiciens, ont fait du crachat sonore, des raclements de gorge, leur plus grande arme. Ils se sont inspirés du pire pour dire l'ironie du sort.
Contre le pouvoir en place, le peuple a fait du discours des violents un langage humoristique, un langage doux amer.
Épisode 3 : Memleket
Traduire d’une langue à l’autre, c'est un véritable chemin, rencontrer l’autre par ses mots et deviner qui on a devant soit. Nommer, c’est faire exister.
Damla est interprète. Elle traduit pour des personnes Kurdes venus de Turquie. Elle tente de faire entendre leur voix en utilisant la sienne. Et c'est un bout de leur histoire commune qui se révèle.